Histoire de la médecine chinoise en France : un paysage construit par des maîtres, des écoles et des filiations
L’histoire de la médecine chinoise en France ne s’est pas écrite de manière linéaire. Elle s’est façonnée à travers des rencontres, des transmissions, des voyages et des influences multiples. À partir des années 1950, un ensemble de praticiens, de médecins et de maîtres venus d’Asie ou d’Europe ont posé les bases de ce qui deviendra le paysage français de l’acupuncture, de la moxibustion et de la médecine traditionnelle chinoise (MTC).
L’organigramme que nous avons construit illustre cette cartographie vivante des filiations, des écoles et des courants qui ont marqué le développement de la discipline.




Les Deux précurseurs : Soulié de Morant et Jacques-André Lavier
Georges Soulié de Morant (1878–1955)
Soulié de Morant est la figure la plus connue et la plus ancienne. Diplomate et sinologue, il découvre l’acupuncture en Chine au début du XXᵉ siècle. Fasciné, il collecte des textes, observe des traitements, et ramène cette connaissance en France.
Il publie des ouvrages majeurs qui influenceront durablement la vision française de la médecine chinoise. Son style est intuitif, littéraire, parfois poétique, mais il ouvre la voie.
Il est le premier grand vecteur de l’acupuncture en France.
Jacques-André Lavier (1922–1987)
Chirurgien-dentiste de formation, sinologue et traducteur passionné, Lavier représente l’autre pilier fondateur. Dès la fin des années 1950, il se forme directement auprès de sources chinoises, correspond avec des enseignants asiatiques, étudie les textes classiques et travaille à les traduire.
Il crée ensuite des structures d’enseignement (SMAC, Institut Lavier), forme des praticiens, et publie des ouvrages qui contribuent fortement à l’implantation sérieuse, textuelle et méthodique de la MTC en France.
Ceux qui ont prolongé la Branche Soulié de Morant
Après Soulié de Morant, plusieurs figures ont participé à diffuser l’acupuncture en France.
Chacun apporte sa méthode, ses ajustements et sa vision :
- Nguyen Van Nghi
- Chamfrault
Les autres branches françaises :
- Faubert
- Laville-Mery
- Borsarello
Ces praticiens participent à ce qui deviendra le corpus “classique français” d’enseignement de l’acupuncture, avec ses écoles, ses ouvrages et ses interprétations.
Les apports asiatiques directs : Hong Kong, Japon, Taiwan
L’histoire française se nourrit aussi de maîtres venus d’Asie :
Leung Kok Yuen (Hong Kong, 1922–2013)
Il enseigne un style dépouillé, clair et très clinique, qui imprègne durablement l’acupuncture française.
Wu Wei Ping (Taiwan, 1911–1989)
Un maître discret mais influent, à l’origine de transmissions importantes en France.
Yoshio Manaka (Japon, 1911–1989)
Pionnier de la recherche moderne en acupuncture, créateur de la théorie des “systèmes de résonance”, il inspire les travaux de plusieurs praticiens européens, notamment autour des systèmes méridiens, des aimants, et de la régulation.
D’un autre côté, un autre réseau d’enseignement très différent et très lié à la Médecine Chinoise contemporaine et aux Universités Chinoises existe
L’influence actuelle inclut :
- Pr Wang De Feng (Beijing University of Chinese Medicine)
- Pr Eric Marie (Université du Jiangxi)
- Pr Hao Wanshan (Beijing University of Chinese Medicine)
- Philippe Sionneau (Université de Hubei)
Ces influences plus récentes alimentent un nouveau réseau pédagogique.
Pour faire le choix d’une école, il faut bien réfléchir à ce que l’on veut car on s’engage sur de nombreuses années d’apprentissage, sur le tard pour la plupart des élèves. Avoir une bonne idées sur les différents courants est donc indispensable.
Il est rare de voir une entente ou une acceptation d’une branche par l’autre : on pourrait un peu y voir la même relation qu’il y a entre la médecine occidentale et les rebouteux, sans que ce ne soit péjoratif pour l’un ou l’autre.
Mais ces querelles sont également vrais à l’intérieur des différentes branches : combat d’égos, d’idées de pratiques sont légions dans la Médecine Chinoise comme dans tout autre domaine.
Si vous êtes plutôt de profil orienté médical et scientifique vous aurez certainement plus d’affinités avec la branche Chinoise. Si vous êtes plus sensibles à l’énergétique, le magnétisme, la radiesthésie, que vous ne voulez pas toucher à la pharmacopée Chinoise et plus sensibles à l’homéopathie et la phytothérapie occidentales, vous serez plutôt intéressés par les branches françaises.