Souveraineté de la Médecine Traditionnelle Chinoise en France : une dépendance à l’Asie qu’il faut anticiper
À l’heure où la souveraineté énergétique et alimentaire est devenue une priorité, la médecine traditionnelle chinoise reste trop silencieuse sur sa dépendance quasi totale aux importations asiatiques.
À l’heure de la souveraineté
Crises géopolitiques, tensions commerciales, perturbations des chaînes logistiques… La France et l’Europe redécouvrent l’importance stratégique de la souveraineté dans les domaines essentiels : énergie, alimentation, médicaments et technologies.Pourtant, un secteur reste largement en marge de ces réflexions : la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC). Des milliers de praticiens en acupuncture, moxibustion et pharmacopée chinoise dépendent presque exclusivement de matériel et de plantes importés d’Asie, principalement de Chine. Cette dépendance structurelle à près de 100 % pose un risque réel pour la continuité et la stabilité des pratiques. Doit-on réfléchir à une souveraineté thérapeutique pour la MTC pratiquée en France ?
Une dépendance structurelle préoccupante
- Aiguilles d’acupuncture : autrefois produites en Europe, ces fabrications locales ont disparu sous le poids des réglementations européennes strictes (normes CE, traçabilité, stérilisation). Aujourd’hui, la production est à 100 % asiatique.
- Plantes de pharmacopée chinoise : la quasi-totalité des matières premières (ginseng/Ren Shen, Huang Qi, Dang Gui, etc.) provient d’Asie. Questions récurrentes de qualité, traçabilité, résidus de pesticides et volatilité des prix.
- Moxa et autres consommables : même logique d’importation massive.
Les disruptions récentes (pandémie de COVID, tensions géopolitiques en Asie) ont rappelé à quel point ces filières sont fragiles. Une pénurie ou une hausse brutale des coûts pourrait directement affecter les cabinets.
Des initiatives locales pionnières
Face à cette situation, quelques acteurs courageux montrent qu’une autre voie est possible.
Vert Nature, producteur indépendant et artisanal installé dans le sud de la France, est le seul fabricant de moxa en Europe. Créée en 1985 par Colette et Lucien Parent, l’entreprise a été reprise en 2007 par Chantal Robert et Frédéric Chevallier puis en 2025 par Jérôme Entressangle. Depuis plus de 40 ans, Vert Nature récolte à la main de l’armoise commune sauvage (Artemisia vulgaris) dans les campagnes françaises, la transforme selon des méthodes artisanales traditionnelles et produit des bâtons, et étoupes de moxa 100 % français. Contrairement aux produits industriels importés (souvent issus d’armoise cultivée, parfois mélangée ou traitée), le moxa de Vert Nature est issu d’une plante sauvage, récoltée manuellement et transformée avec soin. Il se distingue par une fumée plus douce, mieux tolérée, et une qualité constante reconnue par de nombreux praticiens. Entièrement autonome, sans aucune dépendance aux importations asiatiques, cette entreprise incarne à elle seule ce que pourrait être une filière résiliente pour la moxibustion en Europe. Malgré son ancienneté et sa qualité exceptionnelle, Vert Nature reste encore trop peu connu et soutenu au sein de la communauté MTC.
Autre exemple inspirant : les Jardins d’Occitanie, près de Toulouse. Depuis 2010, cette entreprise a relevé un défi ambitieux : cultiver en France le Panax ginseng (Ren Shen), l’une des plantes reines de la pharmacopée chinoise. Après des années de patience (le ginseng demande plusieurs années de culture sous ombrage), ils proposent aujourd’hui un ginseng bio 100 % français, disponible en racines (blanc ou rouge), poudre et gélules. Ils ont développé des serres-canopée adaptées et une transformation locale, offrant une traçabilité parfaite et une qualité exempte de contaminants. Ce projet démontre qu’il est possible d’adapter des plantes emblématiques de la MTC au climat et aux sols européens.
Le Réseau PAM-MTC : un travail de fond indispensable
L’association Réseau PAM-MTC (Plantes Aromatiques et Médicinales – Médecine Traditionnelle Chinoise) complète ces efforts. Depuis plusieurs années, elle étudie l’implantation et la culture en France et en Europe des plantes de la pharmacopée chinoise. Elle relie praticiens, agriculteurs et herboristes autour d’expérimentations agronomiques et de jardins pédagogiques, dans une logique d’agriculture paysanne durable.
Un sujet qui exige anticipation et soutien collectif
Ces initiatives (Vert Nature, Jardins d’Occitanie, Réseau PAM-MTC) sont précieuses, mais elles restent encore marginales et peinent à susciter un véritable engouement chez les praticiens et les fédérations. Pourtant, le temps est un facteur critique. Adapter des plantes, valider leur teneur en principes actifs sous nos latitudes, développer des filières complètes de culture, transformation et distribution, et respecter les normes européennes : tout cela prend plusieurs décennies. Les praticiens ont donc intérêt à agir dès maintenant :
- En faisant connaître et en utilisant le moxa français de Vert Nature.
- En privilégiant, lorsque la qualité est équivalente, les productions locales comme le ginseng des Jardins d’Occitanie.
- En participant aux travaux du Réseau PAM-MTC.
Conclusion : vers une MTC résiliente en France
Il ne s’agit pas de rompre avec la Chine, berceau historique de cette médecine millénaire, mais de bâtir une résilience intelligente. Une diversification raisonnée des sources d’approvisionnement et le développement de productions locales de haute qualité renforceront la pérennité de la pratique en France. Les fédérations, écoles et praticiens ont un rôle clé à jouer en intégrant la question de la souveraineté dans leurs débats, formations et congrès.
Et vous ?
Praticiens, étudiants ou patients : avez-vous déjà testé le moxa artisanal de Vert Nature ou le ginseng français des Jardins d’Occitanie ? Êtes-vous prêts à soutenir activement ces pionniers pour réduire notre dépendance aux importations ?
Liens :
- Vert Nature : https://vertnature.fr/
- Jardins d’Occitanie : https://lanaturothequefrancaise.fr
- Réseau PAM-MTC : https://pam-mtc.org/
